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Façade d’un immeuble ancien en brique et silex avec fenêtres à volets blancs

Rentabilité d’un immeuble de rapport : le calcul complet, lot par lot

Brut, net, cash-flow, puis lot par lot : le calcul qu’on fait avant l’offre, sur un immeuble réel de trois lots, avec ce qui le fait tenir et ce qui le fait casser.

Par Kévin Autin · Publié le 19 septembre 2026

Photo d’illustration : Jan van der Wolf, via Pexels

L'essentiel

Un immeuble de rapport bien acheté en ville moyenne rapporte 8 à 12 % brut sur prix, 7 à 9 % sur coût total et 5 à 7 % net — mais financé à 100 % sur 25 ans, un immeuble « à 10 % » dégage souvent un cash-flow négatif avant négociation. Le calcul se fait en quatre niveaux, puis lot par lot : l’immeuble se juge sur son pire lot. Les deux leviers qui changent tout sont la négociation sur devis d’enveloppe et le passage d’un lot en meublé.

En bref : quelle rentabilité pour un immeuble de rapport

Les repères : un immeuble de rapport bien acheté en ville moyenne se situe entre 8 et 12 % de rentabilité brute sur le prix, 7 à 9 % sur le coût total (prix, frais, travaux), et 5 à 7 % net de charges. Sous 7 % brut sur coût total, il ne s’autofinance presque jamais en financement à 100 % sur 25 ans.

Ces chiffres sont plus élevés que ceux d’un appartement, et c’est normal : le vivier d’acheteurs est plus étroit, la négociation plus ouverte, et les charges de copropriété disparaissent. Mais ils cachent une réalité que les annonces ne montrent jamais : un immeuble se calcule lot par lot, puis sur l’enveloppe. Une moyenne à 10 % peut contenir deux lots à 14 % et deux lots inlouables. Ce guide déroule la méthode complète sur un exemple, puis teste ce qui la fait dérailler.

Pour la définition, les avantages et les risques de l’immeuble entier, voir le guide complet de l’immeuble de rapport ; pour la méthode d’achat jusqu’à l’acte, le guide de l’achat.

Les quatre niveaux de rentabilité, dans l’ordre

Le même immeuble a quatre rentabilités, et la seule qui compte est la dernière. Les annonces donnent la première.

NiveauFormuleCe qu’il ditCe qu’il cache
Brute sur prixLoyers annuels ÷ prixLe chiffre de l’annonceLes frais de notaire, les travaux, la vacance, tout
Brute sur coût totalLoyers annuels ÷ (prix + frais + travaux)Ce que rapporte l’argent réellement engagéLes charges non récupérables et la vacance
Nette de charges(Loyers − taxe foncière − assurance − entretien − vacance − gestion) ÷ coût totalCe qui reste avant le crédit et l’impôtLa mensualité et le régime fiscal
Cash-flow après impôtLoyers nets − mensualité − impôtCe qui entre ou sort de votre compte chaque moisRien — c’est le chiffre qui décide

Sur un immeuble, une cinquième lecture s’ajoute : la rentabilité par lot. Chaque logement a son loyer, sa surface, son DPE, ses travaux. Un lot au rez-de-chaussée sur rue loué 380 € et un lot au deuxième étage loué 520 € ne portent pas le même risque, et le calcul consolidé ne le montre pas. La méthode générale (brut, net, net-net) est détaillée dans le guide du calcul de rentabilité locative ; ici, on l’applique à un immeuble.

Exemple complet : un immeuble de trois lots à 165 000 €

Un immeuble de ville moyenne, deux T2 et un T3, affiché 165 000 € « rentabilité 10,3 % ». Deux salles d’eau à refaire, une façade correcte, une toiture à surveiller. Voici le calcul complet, tel qu’on le fait avant l’offre.

PosteMontantDétail
Prix d’achat165 000 €Net vendeur, honoraires inclus
Frais de notaire (≈ 8 %)13 200 €Ancien, droits de mutation au taux 2025-2026
Travaux35 000 €Deux salles d’eau, électricité des communs, séparation des compteurs
Coût total213 200 €Financé à 100 % sur 25 ans
Loyers de marché2 × 430 € + 560 € = 1 420 €/mois17 040 €/an, vérifiés sur les annonces du secteur
Rentabilité brute sur prix10,3 %Le chiffre de l’annonce
Rentabilité brute sur coût total8,0 %Sur l’argent réellement engagé
Taxe foncière1 900 €/anDeux derniers avis demandés au vendeur
Assurance PNO immeuble500 €/anMultirisque propriétaire non occupant
Provision entretien enveloppe1 500 €/anToiture, façade, communs : 0,7 % du prix par an
Vacance (5 %)850 €/anUn peu moins d’un mois par lot tous les deux ans
Loyers nets de charges12 290 €/anSoit 1 024 €/mois
Rentabilité nette5,8 %Sur coût total
Mensualité (3,4 % + 0,30 % assurance, 25 ans)1 109 €Prêt de 213 200 €
Cash-flow mensuel avant impôt−85 €L’immeuble « à 10,3 % » coûte 85 € par mois

Le résultat surprend toujours : un immeuble à 10,3 % brut, financé intégralement, coûte de l’argent chaque mois. Ce n’est pas une mauvaise opération — 1 109 € de mensualité dont environ 450 € de capital remboursé par les locataires — mais ce n’est pas la rente annoncée. Et c’est avant l’impôt : en location nue au réel avec une TMI à 30 %, une fois les intérêts déduits, l’impôt ajoute environ 175 € par mois de sortie (moins la première année, où les travaux déductibles créent un déficit foncier) ; en LMNP au réel, il est proche de zéro pendant la phase d’amortissement.

Le même calcul, avec l’impôt selon le régime et l’enrichissement net année par année, se fait en cinq minutes dans le simulateur de rentabilité locative, qui accepte plusieurs lots et compare nu, LMNP et SCI à l’IS.

Ce qui fait basculer le calcul : quatre tests de sensibilité

Un calcul de rentabilité ne vaut que par ce qu’il résiste. Avant l’offre, on rejoue l’exemple avec quatre hypothèses défavorables — et une favorable — pour voir où l’immeuble tient et où il casse.

ScénarioRentabilité netteCash-flow mensuelCe que ça enseigne
Référence (calcul ci-dessus)5,8 %−85 €À l’équilibre approximatif, le capital se rembourse
Un mois de vacance par lot et par an5,1 %−204 €La demande locative n’est pas un détail : c’est le premier risque
Loyers de marché surestimés de 10 %5,0 %−227 €Vérifier les loyers sur les annonces, pas sur le bail en cours
Toiture imprévue : +20 000 € de travaux5,3 %−189 €Le devis de toiture avant l’offre vaut 100 € par mois pendant 25 ans
Travaux payés comptant (35 000 € d’apport)6,9 %+97 €L’apport « achète » du cash-flow, au prix de l’épargne de sécurité

Deux leviers ne figurent pas dans le tableau parce qu’ils dépendent de vous, pas du marché : la négociation (10 % de moins sur le prix, justifiés par le devis de toiture, ramènent le cash-flow à l’équilibre) et le passage d’un lot en meublé (le T3 à 640 € meublé au lieu de 560 € nu ajoute 80 € par mois). Les deux combinés font passer l’exemple de −85 € à environ +90 € par mois : c’est cette combinaison qui transforme un immeuble « à 10 % » en immeuble qui rapporte réellement.

Lot par lot : la rentabilité que la moyenne cache

Reprenons les trois lots de l’exemple. À la moyenne, tout va bien. Lot par lot, l’histoire change.

LotSurfaceLoyer de marchéTravauxDPELoyer/m²Le point d’attention
T2 rez-de-chaussée sur rue38 m²430 €12 000 €E11,3 €Le plus dur à louer : bruit, vis-à-vis, humidité fréquente
T2 premier étage40 m²430 €3 000 €D10,8 €Le lot sûr : relouable en une semaine
T3 deuxième étage62 m²560 €20 000 €F9,0 €Interdit à la location en 2028 sans rénovation énergétique

Le T3 en F concentre 57 % des travaux et porte l’échéance réglementaire de 2028 : c’est lui qui décide de l’opération, pas la moyenne. Le rez-de-chaussée porte le risque de vacance. Le premier étage porte tout le reste. Un immeuble se juge donc sur son pire lot : si le pire lot, rénové, se loue au prix prévu, l’ensemble tient. Sinon, c’est ce lot-là qu’il faut négocier — ou l’immeuble qu’il faut laisser.

Le budget lot par lot est le cœur du chiffrage d’un immeuble ; la méthode pour lire les devis et éviter les postes oubliés est dans le guide des travaux en investissement locatif.

Les repères par type de ville

La rentabilité d’un immeuble dépend d’abord du marché local : prix au mètre carré, loyers, tension locative. Les ordres de grandeur ci-dessous sont ceux constatés en 2025-2026 sur les villes suivies par ImmoSuccess ; ils ne remplacent pas une mesure sur place.

Type de villePrix des petits immeublesBrut sur prix constatéLe risque dominant
Ville de 5 000 à 15 000 habitants, bassin d’emploi local80 000 à 200 000 €10 à 14 %La vacance : peu de locataires, relocation lente
Ville moyenne de 30 000 à 80 000 habitants150 000 à 400 000 €8 à 11 %La concurrence des investisseurs et les travaux d’enveloppe
Périphérie de métropole300 000 à 700 000 €6 à 8 %Le prix : le cash-flow n’est possible qu’avec division ou meublé
Centre de métropole> 600 000 €4 à 6 %Aucun autofinancement possible sans apport important

La rentabilité la plus élevée n’est pas la meilleure : à 14 % brut dans une ville où un T2 met quatre mois à se louer, la vacance efface l’avantage. Les analyses de villes du site donnent les ratios loyer/prix mesurés, par exemple pour Chalon-sur-Saône, Louhans, Mâcon ou Dijon. Et la méthode de la tension locative permet de vérifier la demande avant d’acheter, avec une annonce test.

Améliorer la rentabilité d’un immeuble : les cinq leviers

  1. Négocier sur les devis d’enveloppe. Un devis de toiture de 25 000 € présenté au vendeur vaut, en pratique, 15 000 à 25 000 € de baisse. C’est le levier le plus puissant, et il se joue avant l’offre.
  2. Passer un ou plusieurs lots en meublé. +10 à 20 % de loyer, et un régime fiscal (LMNP au réel) qui neutralise l’impôt pendant des années. Le comparatif nu ou meublé chiffre l’écart après impôt.
  3. Diviser un grand lot. Un T4 de 80 m² loué 620 € devient deux T2 loués 430 € chacun : +240 € par mois pour 30 000 à 40 000 € de travaux, soit un rendement de 8 % sur les travaux seuls — à condition que l’urbanisme le permette.
  4. Séparer les compteurs et refacturer les charges. Un immeuble avec un seul compteur d’eau fait payer au propriétaire 20 à 40 € par lot et par mois. La séparation se fait pendant les travaux, au moment le moins cher.
  5. Financer les travaux dans le prêt et négocier la durée. 35 000 € de travaux dans le prêt coûtent 180 € par mois ; payés comptant, ils vident l’épargne de sécurité. Un différé de six mois pendant le chantier évite de payer une mensualité sans loyers.

Ce que ces leviers ne font pas : transformer un mauvais immeuble en bon. Un immeuble mal placé, dans une ville sans demande, reste mal placé à 12 % brut. La rentabilité se travaille sur un bien qui tient déjà debout aux loyers de marché — pas sur un bien qu’on espère sauver.

Questions fréquentes

Quelle est la rentabilité moyenne d’un immeuble de rapport ?

En ville moyenne, 8 à 12 % de rentabilité brute sur le prix, 7 à 9 % sur le coût total (prix, frais, travaux) et 5 à 7 % net de charges. En périphérie de métropole, 6 à 8 % brut ; en centre de métropole, 4 à 6 %. Le chiffre utile est le cash-flow après crédit et impôt, qui peut être négatif même à 10 % brut si l’immeuble est financé à 100 % sur 25 ans.

Comment calculer la rentabilité d’un immeuble de rapport ?

En quatre niveaux : brute sur prix (loyers ÷ prix), brute sur coût total (loyers ÷ prix + frais + travaux), nette (loyers − taxe foncière − assurance − entretien − vacance ÷ coût total), puis cash-flow après mensualité et impôt. Puis lot par lot : chaque logement a son loyer, ses travaux et son DPE, et l’immeuble se juge sur son pire lot, pas sur la moyenne.

Un immeuble de rapport à 10 % est-il rentable ?

Pas forcément. Dans l’exemple de ce guide, un immeuble à 10,3 % brut sur prix, financé à 100 % sur 25 ans, dégage un cash-flow de −85 € par mois avant impôt. Il devient positif avec une négociation de 10 % ou un lot en meublé. Le seuil pratique : au moins 8 % brut sur coût total pour espérer l’équilibre en financement intégral.

Quelle rentabilité viser pour un immeuble de rapport ?

Au moins 8 % brut calculé sur le coût total, 5,5 % net de charges, et un cash-flow après impôt positif ou nul en financement à 100 %. Au-dessus de 12 % brut sur prix, vérifiez pourquoi : une ville sans demande, un lot inlouable ou des travaux non chiffrés expliquent presque toujours un rendement anormal.

Faut-il compter la vacance dans la rentabilité d’un immeuble ?

Oui, toujours : 5 % des loyers en ville moyenne (un peu moins d’un mois par lot tous les deux ans), 8 à 10 % en petite ville. Dans l’exemple du guide, un mois de vacance par lot et par an fait passer le cash-flow de −85 à −204 € par mois. C’est le premier facteur de dérive, avant les travaux.

Immeuble de rapport ou appartements séparés : lequel est le plus rentable ?

L’immeuble, à l’achat : le prix au mètre carré est souvent inférieur de 15 à 30 % aux lots vendus séparément, et les charges de copropriété disparaissent. Mais la toiture, la façade et les communs sont intégralement à votre charge, et le risque est concentré sur une adresse. Net de tout, un immeuble bien acheté dégage 1 à 3 points de rentabilité nette de plus que les mêmes lots en copropriété.

Sources

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Kévin Autin, fondateur d'ImmoSuccess
Kévin Autin, fondateur d'ImmoSuccess
5 ans sur les chantiers tous corps de métier, puis mandataire immobilier, aujourd'hui investisseur. J'accompagne des investisseurs en 1:1 avec ImmoSuccess, de la stratégie au premier loyer, avec plus de 3 M€ d'opérations accompagnées.

Un immeuble à chiffrer avant de faire une offre ?

Vingt minutes pour faire le calcul lot par lot avec vos chiffres, et voir si l’immeuble tient aux loyers de marché.